Biographie

Portrait et document biographique Alias Lebaudy

Je suis fort ennuyé pour présenter cet artiste. Non parce qu’il n’est pas présentable, mais parce que j’ai déjà beaucoup écrit sur lui, sur son œuvre, au point que je me demande comment me renouveler ! Tentons le tout pour le tout, faisons semblant de le découvrir ! En fait, le regard neuf est celui que requiert toute œuvre d’art, sinon, prosaïque et superficiel, il regarde passer la création comme un ruminant regarde filer le T.G.V.

Je ne me demanderai plus qui se cache derrière cet « Alias ». Cela ne me concerne pas. Ce qui me regarde, par contre, c’est ce que révèle le noir fondateur d’une carte à gratter, à griffer, à excaver, à féconder. Alias Lebaudy travaille à la pointe de l’âme. Il est l’archéologue « inventant » un trésor, dessinateur d’une géographie et d’une histoire mentales et personnelles. Il fouille un absolu, alias le noir, et l’oblige à la révélation. Il ouvre des fenêtres, il offre des miroirs. Cette révélation, ce sont des aveux, des désirs secrets, des silhouettes féminines, sensuelles, énigmatiques, dont chacune est noire mais belle (« nigra sum sed formosa ») comme la bien-aimée du « Cantique des Cantiques ».

Chaque apparition est ainsi l’écho d’un soleil intérieur, non pas le soleil de la mélancolie (quoique…), mais le soleil radieux de l’amour d’autrui et de la beauté du monde.

Alias Lebaudy procède par enlèvement de tout ce qui ne lui dit rien. Ce qui naît de l’obscurité, c’est l’idée de la chose et de l’être. Alias Lebaudy fait chanter le noir et le met en couleurs, et le met au présent. Il sait que dans les fonds marins, où il fait noir, circulent des créatures qui inventent leur propre lumière. Telle est sa mythologie intime et personnelle. Tel est son art de la soustraction positive. Tel est le beau symbole d’un artiste pêcheur d’épaves, mendiant de beauté pure, dévoileur de secrets, libérateur d’un chef-d’œuvre enfoui dans les abîmes du noir, un chef-d’œuvre qu’il s’agit de libérer, d’exalter, d’exhausser, de porter en hauteur, d’exaucer, de satisfaire et de combler, d’accueillir favorablement pour le bonheur de nos regards nouveaux.

Michel Lagrange